Comprendre les 3 différents types d’édition

Le paysage éditorial est une véritable jungle. Dense et varié, on peine à y voir clair. En résumé, il existe trois principaux types d’édition : à compte d’auteur, à compte d’éditeur ou l’auto-édition. Chacun implique un type de contrat différent (à savoir : allez-vous payer ou non pour que votre livre soit publié ? / les étapes de corrections + maquettes de couverture + promotion seront-elles réalisées par un tiers ou allez-vous tout gérer de votre côté, quitte à sous-traiter vous-même ?) Pour mieux comprendre les options qui s’offrent à vous, j’ai détaillé chaque type de contrat dans cet article.

1. L’édition à compte d’éditeur

Grosso-modo, c’est le Graal après lequel courent tous les auteurs (environ 1 manuscrit sur 6000 reçoit une proposition de contrat à compte d’éditeur / source). C’est le type de contrat que proposent toutes les maisons d’édition « traditionnelles » : celles où s’opère une véritable sélection des textes et où l’auteur n’a pas à verser 1 centime de sa poche pour voir son texte publié.

Si vous parvenez à décrocher ce type de contrat, félicitations, vous venez de franchir l’étape la plus difficile dans votre parcours d’écrivain. Mais, spoiler alert, plein d’autres étapes vous attendent !

les différents types d'édition
Eh oui, la partie ne fait que commencer, il vous reste encore plein d’obstacles à surmonter, même avec un tel contrat

Attention, je distinguerais toutefois plusieurs groupes de maisons d’édition qui proposent l’édition à compte d’éditeur. Tout d’abord, il y a les grands groupes, style Gallimard, Belfond, Albin Michel, JC Lattès, etc., les maisons spécialisées (Bragelonne, Fleuve…), puis de plus petites maisons comme Au Diable Vauvert et bien d’autres.

Ensuite, il faut distinguer :

  • Les maisons d’édition avec des diffuseurs

Tous les noms cités ci-dessus sont des maisons (et des dizaines d’autres structures) qui disposent d’un diffuseur. Celui-ci permet la diffusion des ouvrages publiés dans les librairies et les rayons des supermarchés. Globalement, avoir un diffuseur accroît nettement la visibilité des publications de la maison, et par conséquent les ventes (CQFD). Si on vous propose un contrat à compte d’éditeur dans une maison qui a des diffuseurs, alors c’est une excellente nouvelle : foncez ! (bon lisez votre contrat quand même, on ne sait jamais).

  • Les maisons d’édition sans diffuseurs

C’est principalement le cas des petites structures et des éditeurs indépendants. Pour ma part, j’ai signé chez les éditions 5 sens, qui sont des éditeurs indépendants, et j’ai également reçu une proposition de la part d’Anyway Editions : toutes deux de petites maisons sans diffuseurs.

La vente s’effectue principalement en ligne, même s’il est possible de commander les ouvrages dans n’importe quelle librairie. Ils sont également référencés sur la Fnac et Cultura, et les libraires peuvent tout à fait passer commande pour les intégrer à leurs rayons. Ce qui fait défaut, c’est la visibilité, mais pas la qualité du travail des maisons, ni celle des ouvrages.

Certes, faire une croix sur les diffuseurs peut être difficile à envisager, néanmoins c’est un choix qui peut apporter beaucoup . Il vaut parfois mieux viser « petit », mais entrer dans le monde de l’édition bien accompagné, avec une petite maison qui prend le temps pour ses auteurs, que faire une entrée fracassante chez un grand éditeur qui comble un trou dans son planning éditorial, et se consacrera plutôt à ses auteurs vedettes.

les différents types d'édition
Avec ou sans diffuseur, si on vous propose un contrat à compte d’éditeur, vous avez toutes les raisons d’être aussi heureux que Merlin et vous pouvez entamer la danse du soleil.

En somme :

Le contrat à compte d’éditeur est idéal si vous souhaitez vous professionnaliser. Il permet de ne pas débourser 1 centime. Cependant, il faut distinguer les maisons d’édition avec et sans diffuseur et bien cerner les enjeux de chacune. N’attendez pas des petites qu’elles vous offrent paillettes et tapis rouges : elles n’en ont pas les moyens. En revanche, si un petit éditeur est prêt à miser sur vous, c’est une chance de grandir ensemble, de vous roder aux dédicaces et de vous frotter aux lecteurs. Si l’expérience est concluante, vous pourrez commencer à faire parler de vous et entrer dans une maison plus grosse par la suite. Le rôle du diffuseur peut faire une grande différence dans l’accueil de votre ouvrage. Et sur les chiffres de vente. Demandez-vous bien quel est votre objectif sur le long-terme.

 

2. L’édition à compte d’auteur

Là, il s’agit d’un mode d’édition où vous devrez payer pour la publication de votre roman. Les sommes peuvent aller de 1000 à 5000€ selon le travail de correction (voire de réécriture) que demande votre manuscrit.

Les préjugés sur l’édition à compte d’auteur :

Moi la première, j’ai longtemps été persuadée que ce genre de contrat était une arnaque. C’est pourquoi, lors de mon stage de licence, j’ai décidé d’aller voir ce qui se passait vraiment dans ces structures. Après avoir eu l’occasion de lire les manuscrits reçus, d’étudier les contrats proposés, de discuter avec les employés, j’affirme aujourd’hui que ce n’est pas une arnaque, mais une prestation de service. Là où je me désolidarise en revanche, c’est de ne pas vendre le service en tant que tel, mais de jouer sur le rêve des personnes qui envoient leur texte en leur laissant croire qu’une sélection a eu lieu.

Pourquoi recourir à une prestation de service quand on écrit un livre ?

Au risque de briser les rêves de certains d’entre vous : beaucoup d’auteurs ne pourront jamais prétendre à une édition à compte d’éditeur. Il y a des textes vraiment mauvais. Des manuscrits truffés de fautes, des histoires bancales, des intrigues vides d’intérêt. Certains veulent également publier des histoires personnelles, familiales, qui ne rencontreront pas d’autre public que leurs proches. Et ce n’est pas grave ! C’est ce qui fait la diversité du paysage littéraire. Et peut-être, aussi, que vous n’êtes pas doué pour l’écriture. Pas au point qu’une entreprise mise des milliers d’euros sur vous, en tout cas. Et alors ? Vous avez sans doute d’autres talents, comme la cuisine ou la menuiserie. En passant 5 mois dans une structure à compte d’auteur, j’ai dû réécrire certains manuscrits pour qu’ils deviennent lisibles. Voilà, c’est globalement ce que vous payez avec une telle maison : tous les efforts qui seront fournis pour générer des ventes et réaliser un ouvrage présentable.

Êtes-vous prêt.e à payer pour réaliser votre rêve ?

Parce que c’est bien de cela dont il s’agit. Certains auteurs ne pourront jamais accéder au contrat à compte d’éditeur. Si vous souhaitez tout de même goûter aux plaisirs d’une séance de dédicace, partager votre livre autour de vous, etc., alors c’est une option valable. J’ai vu des auteurs avoir de très bonnes ventes via ce canal. Il y a même de bons textes ! Les éditeurs reçoivent en moyenne 10 manuscrits par jour et ils n’ont pas les fonds nécessaires pour en publier plus d’une dizaine ou deux par ans. Alors parfois, votre texte est bon mais ce n’est pas une pépite. Ça ne l’empêchera pas de rencontrer son public, et ce canal peut le lui permettre.

Mise en garde :

Dans l’ensemble, ne vous attendez pas à renverser le système et à générer des ventes dignes d’un best-seller. Le travail fourni est généralement sérieux, du moins de mon expérience et des quelques retours que j’ai pu avoir. Là où ce mode d’édition est discutable, c’est qu’il est rarement indiqué sur le site que vous devrez payer. On mise sur le rêve, on vous envoie un contrat, et là : surprise ! On vous demande 5000€. Une fois qu’il y a ce sentiment d’être « l’élu », enfin retenu par un éditeur, vous avez moins envie de garder vos sous à la banque…

Le « comité de lecture », lui aussi, est bien souvent fictif et composé d’une seule personne. Qui ne lira le texte qu’en diagonale. Par manque de temps… Ou parce que c’est très mauvais !

Reconnaître une maison d’édition à compte d’auteur :

Si une maison vous promet une réponse dans les 15 jours, alors c’est une édition à compte d’auteur. Aucun éditeur prêt à investir de l’argent dans ses auteurs, et qui doit par conséquent sélectionner soigneusement les textes à publier, ne vous répondra aussi vite. Accéder à l’édition demande de la patience. Il faut bien entre 4 et 8 mois de délai selon la taille de l’éditeur visé !

différents types d'édition
« Montre-moi l’argent ! » C’est globalement le seul critère de sélection dans ce type de maison.

En somme :

L’édition à compte d’auteur vous demande une participation financière qui peut être conséquente. Si vous avez bien en tête que c’est une prestation de service, que vous n’êtes pas un « élu » et que vous ne serez probablement pas numéro 1 des ventes, vous pouvez signer en paix. C’est idéal si vous rêvez simplement de tenir votre roman entre vos mains, et de le signer à un cercle assez restreint.

3. L’auto-édition

Là, il s’agit de se publier par ses propres moyens. De nombreuses plateformes vous le permettent : KDP (Amazon), Kobo (Fnac), Lulu, BoD, etc. Vous devez donc assurer la correction et les actions marketing par vos propres moyens. C’est moins coûteux que l’édition à compte d’auteur, mais très chronophage !

Pourquoi choisir l’auto-édition ?

Pour les auteurs avides de rencontrer leur public, et rapidement, c’est un très bon canal. Vous pourrez gagner des lecteurs et peut-être même un peu d’argent. Ce n’est pas parce qu’un éditeur classique n’est pas prêt à payer pour votre travail que vous êtes nul. Votre texte peut plaire à des gens !

Mise en garde :

Attention, l’auto-édition est le mode le plus « casse-gueule » des différents types d’édition. Pourquoi ? Parce que vous n’êtes pas forcément correcteur, éditeur, attaché-presse et graphiste en plus d’être auteur ! Les textes auto-édités ont souvent des coquilles. La qualité peut être plus que médiocre. Beaucoup d’auteurs veulent être édités à tout prix, mais tous ne sont pas prêts à fournir les efforts nécessaires pour cela. Un texte demande du travail, des heures de relectures (au pluriel !) et beaucoup, beaucoup de corrections. Avoir de l’imagination ne signifie pas que votre roman rencontrera le succès de la saga Harry Potter.

Conseils pour se lancer dans l’auto-édition :

Soyez humbles. J’ai travaillé avec un grand nombre d’auteurs qui se pensent les prochains écrivains vedettes et dont les chevilles ne passent plus les portes. Pourtant, j’ai dû réécrire tout leur manuscrit pour que les lecteurs ne saignent pas des yeux en parcourant le roman final…

  • Soumettez votre manuscrit à des bêta-lecteurs : leurs retours vous permettront de retravailler le texte et d’obtenir de meilleurs avis
  • Faites appel à un correcteur ou une correctrice ! Vous ne pouvez pas publier une histoire avec une faute par ligne. Non. Vraiment. Vous ne pouvez pas. (Ça tombe bien, c’est mon travail 😉 )
  • N’écrivez pas pour la gloire ! Soyez patients, retravaillez votre texte au lieu de courir après les ventes et les lecteurs. Vos résultats n’en seront que plus grands.
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C’est juste, genre, la PIRE raison qui peut vous pousser à écrire et à vouloir être édité.

En somme :

Des trois différents types d’édition, l’auto-édition est celle qui vous demandera le plus d’investissement et de compétences. Mais elle est bien moins onéreuse que l’édition à compte d’auteur. N’hésitez pas à faire appel à des professionnels pour vous aider. Oui, cela a un prix. Mais sans doute moindre que via le compte d’auteur. Et il faut parfois admettre que chacun a son métier et qu’on ne peut pas tout maîtriser !

Une alternative : l’auto-édition encadrée !

L’auto édition encadrée est une forme d’édition émergente. Il s’agit de confier votre texte à un éditeur qui se chargera des corrections, de la couverture, de la promotion etc., gratuitement. En contrepartie, c’est lui qui se chargera de le publier sur les plateformes précédemment évoquées dans la partie auto-édition, et il vous versera des droits d’auteurs (qui est, normalement, supérieur aux montants versés par les maisons traditionnelles). Comme un contrat à compte d’éditeur. Pour l’instant, je ne connais que l’Agence Sélène qui a recourt à cette pratique.

Maintenant que vous connaissez toutes les ficelles pour choisir votre maison d’édition, apprenez à présenter votre manuscrit pour démarcher les éditeurs !

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